Fable 5 dans Copilot Cowork

Claude Fable 5 vient de débarquer dans Microsoft 365 Copilot, vous avez vu passer l’annonce, et vous vous posez déjà deux questions : qu’est-ce que ce modèle change concrètement, et pourquoi reste-t-il introuvable dans votre tenant ? Cet article est fait pour vous.

On va dérouler les trois temps qui comptent pour un admin ou un archi cloud : comprendre ce qu’apporte ce modèle de classe Mythos, l’activer proprement depuis le centre d’administration Microsoft 365, et garder l’œil sur le vrai point de vigilance, la rétention de données côté Anthropic et le réglage désactivé par défaut en Europe. Capture après capture, vous saurez exactement quoi cocher, et ce que vous engagez en le faisant.

Pour vous guider plus facilement dans cet article, voici des liens rapides :

1. Fable 5, c’est quoi au juste ?

Anthropic a annoncé Claude Fable 5 le 9 juin 2026. C’est leur premier modèle de classe Mythos rendu disponible pour un usage général, et selon l’éditeur ses capacités dépassent celles de tous les modèles qu’il avait ouverts au grand public jusqu’ici. Concrètement, Fable 5 vise les tâches longues et complexes : plus la mission s’étire dans le temps, plus son avance se creuse sur les modèles précédents.

Pour un admin, retenez les points saillants :

  • Code et travail agentique : refactorings massifs, tâches multi-étapes qui tournent en autonomie sur la durée.
  • Travail de connaissance : synthèse documentaire longue, analyse de données, raisonnement financier.
  • Vision : extraction de chiffres précis depuis des figures, reconstruction d’une app à partir de captures.
  • Mémoire et long contexte : le modèle reste concentré sur des millions de tokens et améliore ses sorties grâce à ses propres notes.

Le point qui intéresse la gouvernance : Anthropic a livré Fable 5 avec des garde-fous. Quand une requête touche à la cybersécurité, à la biologie ou à la chimie, ou à la distillation de modèles, la réponse est automatiquement prise en charge par Claude Opus 4.8, et l’utilisateur en est informé. L’éditeur précise que ce repli concerne, en moyenne, moins de 5 % des sessions : pour le reste, c’est bien Fable 5 qui répond.

When Fable’s classifiers detect a request related to cybersecurity, biology and chemistry, or distillation, the response is automatically handled by Claude Opus 4.8 instead. Users will be informed whenever this occurs.

Source : Claude Fable 5 and Claude Mythos 5, Anthropic

2. Intégration : Copilot Cowork et les apps Microsoft 365

C’est là que ça devient intéressant pour un archi. Fable 5 n’arrive pas comme un simple modèle de plus dans le sélecteur : il vient nourrir Copilot Cowork, la brique agentique de Microsoft 365 Copilot. Microsoft a en effet repris la plateforme qui fait tourner Claude Cowork pour la porter dans Copilot, et l’a ouverte le 30 mars 2026 via le programme Frontier.

bringing the technology platform that powers Claude Cowork into Microsoft 365 Copilot.

Source : Copilot Cowork: Now available in Frontier, Microsoft 365 Blog

Microsoft le formule sans détour dans son billet d’annonce du 10 juin : Claude Fable 5 arrive comme modèle preview pour les workflows longs et multi-étapes, ancré dans Work IQ, avec protections entreprise, contrôles d’admin et choix du modèle. Et l’éditeur pose lui-même la réserve sur la rétention de données, à intégrer dans la décision d’activation.

Because use of Claude Fable 5 is subject to data retention by Anthropic, organizations should review this consideration as part of their enablement decision.

Source : Available today: Anthropic Claude Fable 5 in Microsoft 365 Copilot, Microsoft Community Hub

Concrètement, Cowork est pensé pour le travail long et multi-étapes directement dans M365 : il ne se contente pas de répondre, il enchaîne des actions à travers Outlook, Teams, Excel, Word et PowerPoint, vous montre son plan, et l’exécute après votre validation. Le tout reste ancré dans Work IQ (le contexte de votre organisation) et protégé par l’Enterprise Data Protection. C’est exactement le terrain de jeu d’un modèle de classe Mythos : missions asynchrones, refactoring, synthèse documentaire lourde, là où le long contexte et l’autonomie de Fable 5 font la différence.

Où le trouver à ce stade de la preview, et avec quel statut :

  • Copilot Cowork : via le programme Frontier.
  • Copilot in Excel et Copilot in PowerPoint : en private preview.
  • Désactivé par défaut : contrairement à des modèles précédents, personne ne l’active à votre place, c’est un choix d’admin assumé.

Un mot sur le statut, parce qu’il conditionne tout le reste. Dans la nomenclature Microsoft, un modèle est soit Experimental, soit Preview, soit GA (disponible), soit Default. Fable 5 est un modèle Preview with Data Retention : un accès anticipé qui peut évoluer ou disparaître sans préavis, et que Microsoft déconseille explicitement en production. À réserver à l’évaluation et aux tests, sur un périmètre maîtrisé.

Preview and experimental models are intended for exploration and testing and are not recommended for production use.

Source : Preview AI models in Microsoft Online Services, Microsoft Support

Côté facture, bonne nouvelle : le choix du modèle est inclus dans la licence Microsoft 365 Copilot. Vous ne payez pas un supplément au token pour préférer Claude au modèle par défaut, contrairement au prix public API d’Anthropic (10 $ le million de tokens en entrée, 50 $ en sortie), qui ne concerne que l’API directe ou Microsoft Foundry, pas votre siège Copilot. Le vrai ticket d’entrée, c’est l’inscription au programme Frontier pour l’accès anticipé à Cowork et aux agents Office, dont la tarification définitive sera calée à la disponibilité générale.

Available via Frontier program, pricing final upon GA.

Source : Microsoft 365 Copilot Plans and Pricing, Microsoft

Et c’est là que se cache le vrai sujet. Jusqu’ici, les modèles Anthropic dans Copilot (Claude Sonnet, Claude Opus 4.8) étaient déjà gouvernés par le réglage subprocesseur, mais ils tournent en Zero Data Retention. Fable 5 casse cette logique : son usage est soumis à une rétention de données obligatoire côté Anthropic, ce qui le range dans une catégorie à part, et soulève la question que tout le monde se pose trop tard, où partent physiquement mes données ? On déballe tout dans la section vigilance.

3. Activation côté admin, le pas-à-pas

L’activation se fait en deux temps : on autorise d’abord Anthropic comme sous-traitant Microsoft (le prérequis global), puis on active le modèle preview lui-même. Il vous faut le rôle Global Admin ou AI Administrator.

Étape 0, le prérequis global. Rendez-vous dans le centre d’administration Microsoft 365, puis Copilot > Settings > View all. Ouvrez AI providers operating as Microsoft subprocessors et activez Anthropic. C’est la porte d’entrée : sans elle, aucun modèle Anthropic n’est utilisable dans Copilot. Et si vous aviez opté à l’époque pour l’ancien réglage sous conditions commerciales Anthropic, il faut re-opter : ce toggle hérité a été déprécié, et le nouveau repart sur Off en UE, EFTA et au Royaume-Uni.

Customers within the EU Data Boundary and customers in the UK will have Anthropic models disabled by default.

Source : Anthropic as a subprocessor for Microsoft Online Services, Microsoft Learn

Étape 1, le modèle preview. Toujours dans la même zone, ouvrez la catégorie AI models in preview, puis sélectionnez Anthropic Models with Data Retention. C’est ici que Fable 5 s’active, et le libellé ne laisse aucun doute sur ce que vous engagez.

Étape 2, la portée. Au moment d’activer, vous choisissez qui y a droit. Trois options, à caler sur votre stratégie de déploiement :

PortéeEffetQuand l’utiliser
All usersTout le tenantAprès un pilote concluant, déploiement large
No usersPersonnePour préparer la config sans ouvrir l’accès
Specific users and groupsUtilisateurs ou groupes Entra ID ciblésPilote sur une équipe (produit, R&D) avant généralisation
Mon retour terrain : commencez par Specific users and groups sur un groupe de pilotes. Vous gardez la main sur la rétention de données pendant que vous validez les cas d’usage, et vous élargissez à All users seulement une fois la décision de conformité documentée.

4. Sélection côté utilisateur

Une fois l’accès ouvert, plus rien de compliqué pour l’utilisateur. Il retrouve Fable 5 dans le sélecteur de modèles de Copilot et le choisit comme n’importe quel autre. Petit détail qui compte pour la traçabilité : un indicateur visuel signale quand un modèle Claude est à l’œuvre, l’utilisateur sait donc toujours quel moteur traite sa demande.

5. Cas d’usage concrets

Concrètement, ça donne quoi ? Voici les terrains où Fable 5 mérite le détour pendant votre pilote :

  • Synthèse documentaire longue : bundles de réunions, rapports volumineux, dossiers à recouper sur des centaines de pages.
  • Analyse de données et finance : raisonnement sur tableaux et graphiques dans Copilot in Excel, où le long contexte fait la différence.
  • Workflows agentiques multi-étapes : tâches qui enchaînent plusieurs actions en autonomie, là où Fable 5 garde le cap sur la durée.
  • Vision : lecture de captures, de schémas, de figures techniques pour en extraire des données exploitables.
  • Comparatif A/B : lancez le même prompt sur le modèle par défaut et sur Fable 5, et tranchez sur pièces plutôt que sur intuition.

Et quand ne pas le sortir ? Pour un résumé, un mail ou une reformulation, Fable 5 n’apporte rien de plus qu’Opus ou Sonnet, tout en consommant davantage et en déclenchant la rétention. Gardez-le pour ce qui justifierait un expert humain : réflexion longue, analyse en profondeur, agentique multi-étapes. Le réflexe à transmettre à vos utilisateurs pilotes, c’est de réserver Fable 5 aux tâches que les autres modèles ne savent pas mener à bout.

Beaucoup de tests commencent à être disponibles sur YouTube, dont certains en français :

Sa conclusion : nos usages quotidiens sont sans doute encore trop basiques pour révéler le plein potentiel de ce modèle. Autrement dit, ce n’est pas Fable 5 qui manque de puissance, ce sont nos demandes qui manquent d’ambition. Pour l’utilisateur classique, Sonnet et Opus suffisent largement ; Fable 5 attend les tâches lourdes et complexes que personne n’osait encore confier à une IA, et son coût supérieur impose de toute façon d’être sélectif. À nous d’apprendre à le prompter autrement : moins le diriger, plus lui confier des terrains à défricher.

6. Le point de vigilance : rétention et default-off en UE

C’est la section à ne pas survoler, surtout depuis l’Europe. Trois choses se cumulent et changent vraiment la donne par rapport aux autres modèles Claude déjà présents dans Copilot : la rétention obligatoire, l’absence de Zero Data Retention, et la sortie de l’EU Data Boundary.

Pourquoi Fable 5 n’est pas un Claude comme les autres

Anthropic classe Fable 5 (et Mythos 5) parmi les Covered Models. Pour cette catégorie, une rétention de données de 30 jours est exigée, et le Zero Data Retention n’est tout simplement pas disponible. La raison est directement liée aux garde-fous vus plus haut : les classifiers de sécurité qui redirigent les requêtes sensibles vers Opus 4.8 ont besoin de conserver les échanges pour fonctionner et détecter les abus. À l’inverse, Claude Sonnet et Opus restent éligibles au ZDR, et c’est toute la différence.

Zero data retention is not available for Claude Fable 5 or Claude Mythos 5.

Source : API and data retention, Claude API Docs

Les durées, côté Anthropic : 30 jours de rétention standard des entrées et sorties, après quoi elles sont supprimées (sauf enquête de sécurité ou obligation légale), jusqu’à 2 ans si un échange est signalé par les classifiers comme contraire à la politique d’usage, et jusqu’à 7 ans pour les scores de classification associés. Ces données ne sont pas utilisées pour entraîner les modèles. C’est documenté noir sur blanc dans les pratiques de rétention pour les modèles de classe Mythos, ce ne sont pas des estimations de presse.

CritèreClaude Sonnet / OpusClaude Fable 5
Zero Data RetentionPossibleNon disponible
Rétention standard0 (ZDR) ou selon contrat30 jours obligatoires
Si contenu signaléSelon politiqueJusqu’à 2 ans (scores : 7 ans)
Entraînement modèleNonNon

Qui contrôle quoi : le contrat chez Microsoft, la rétention chez Anthropic

Le contrat, c’est Microsoft. Depuis le 7 janvier 2026, Anthropic opère comme sous-traitant (subprocessor) de Microsoft : vous ne signez rien avec Anthropic, tout passe par votre contrat Microsoft existant, à savoir les Product Terms, le Data Protection Addendum, l’Enterprise Data Protection et la garantie copyright (Customer Copyright Commitment). Microsoft précise même qu’Anthropic opère sous sa supervision. Et la portée que vous définissez (utilisateurs ou groupes) vaut d’un coup pour Microsoft 365 Copilot et pour Copilot Studio.

La rétention, en revanche, c’est Anthropic. Microsoft l’écrit lui-même dans sa documentation : quand un modèle exige une rétention de données, comme Fable 5, c’est le fournisseur du modèle qui contrôle la manière dont elles sont stockées et traitées, pas Microsoft. L’usage de Fable 5 reste donc soumis aux conditions d’Anthropic (Commercial Terms of Use, Data Protection Addendum et pratiques de rétention Mythos).

L’image simple à retenir : Microsoft vous loue la voiture et vous assure. Mais avec Fable 5, le trajet passe par un garage Anthropic aux États-Unis, qui garde une copie du carnet de bord pendant 30 jours, selon ses règles à lui. Microsoft vous prévient honnêtement, et vous laisse décider d’activer ou non.

Où partent vos données, concrètement

Attention : dans Microsoft 365 Copilot, Anthropic opère comme sous-traitant Microsoft, sous Microsoft Product Terms et le Data Protection Addendum. Mais le traitement des modèles Anthropic a lieu hors EU Data Boundary, et hors engagements de traitement in-country quand ils s’appliquent. En clair, depuis un tenant européen, activer Fable 5 revient à accepter que les prompts concernés sortent de la frontière des données européenne et soient traités, puis conservés 30 jours, dans des systèmes Anthropic hors UE.

When Anthropic models are used in Copilot experiences in Word, Excel, or PowerPoint, data processing for these models occurs outside of the Microsoft EU Data Boundary (EUDB).

Source : Copilot in Microsoft 365 apps with Anthropic models, Microsoft Learn

Microsoft reste discret sur l’emplacement physique exact, mais l’analyse de Directions on Microsoft apporte la précision qui manque : à la différence des modèles OpenAI qui tournent dans Azure, les données traitées par Claude sont transférées depuis Azure vers des serveurs Anthropic hébergés sur des datacenters AWS ou GCP situés principalement aux États-Unis.

Pour une organisation soumise au RGPD, c’est l’information à avoir en tête : ce ne sont ni vos datacenters, ni ceux de Microsoft en Europe. L’éditeur pourrait à terme étendre Claude à ses datacenters européens, mais aucun calendrier n’est annoncé à ce jour.

Le piège classique : croire que c’est un Claude comme les autres et l’ouvrir à tout le tenant d’un clic. Et son symétrique, moins connu : certaines fonctionnalités ne marchent que si Anthropic est activé, donc couper le subprocesseur après coup peut casser des usages déjà en place.

Les garde-fous qu’Anthropic met en face

Pour être juste, la rétention ne rime pas avec accès libre. La page officielle d’Anthropic détaille les protections : ses employés n’accèdent pas à vos conversations, sauf signalement pour risque grave ou demande écrite du client. Seuls quelques relecteurs habilités peuvent le faire, via un outillage qui empêche l’export, la copie ou le téléchargement, et chaque accès est inscrit dans un journal infalsifiable. Au-delà des 30 jours, suppression automatique. Les organisations éligibles peuvent en plus ajouter leurs propres clés de chiffrement et des journaux d’audit de transparence d’accès.

Anthropic employees cannot access your conversations unless they are flagged for potential serious harm or upon a customer’s written request.

Source : Data retention practices for Mythos-class models, Anthropic

La preuve par Microsoft

Le signal le plus parlant pour un admin ? Microsoft elle-même a restreint l’usage de Fable 5 pour ses propres salariés dans ses versions internes de GitHub Copilot, le temps que ses équipes juridiques évaluent la politique de rétention, tout en vendant le modèle à ses clients. Les autres modèles Claude, eux, restent disponibles en interne parce qu’ils tournent en Zero Data Retention. Quand l’éditeur qui distribue le modèle hésite à l’ouvrir à ses propres équipes, ça mérite votre attention.

Tous les autres modèles Claude restent accessibles, car ils fonctionnent sous les règles de Zero Data Retention (ZDR).

Source : The Verge, relayé par Les Numériques
Mon retour terrain : avant d’activer, posez la question à vos équipes conformité avec trois éléments concrets : données traitées hors EU Data Boundary, rétention de 30 jours non contournable (pas de ZDR) sous les conditions d’Anthropic, et conservation prolongée possible en cas de signalement. Limitez Fable 5 à un groupe pilote, excluez les données réglementées (RGPD, données client, code propriétaire), et documentez la décision pour l’audit.

7. Conclusion

Voilà, en deux réglages dans l’admin et un clic côté utilisateur, vous ouvrez l’accès au modèle le plus capable jamais proposé par Anthropic dans Copilot. Concrètement, vous gagnez un moteur taillé pour les tâches longues, l’analyse documentaire et le travail agentique, avec un repli automatique vers Opus 4.8 sur les sujets sensibles.

Les quatre pièges à retenir avant de cliquer :

  1. C’est une preview : statut mouvant, comportements susceptibles d’évoluer.
  2. C’est désactivé par défaut chez nous en UE, rien ne s’active tout seul.
  3. L’usage impose une rétention de 30 jours, sans option Zero Data Retention, contrôlée par Anthropic et non par Microsoft.
  4. Le traitement a lieu hors EU Data Boundary, dans des systèmes hors UE, à arbitrer avec vos équipes conformité.

Si votre cadre de conformité le permet, ouvrez un pilote sur un groupe restreint et comparez Fable 5 au modèle par défaut sur vos vrais dossiers. Foncez tester, mais les yeux ouverts sur le statut preview et les termes de rétention.

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